Faut-il sauver le Marité ?
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Loïc Prud'homme et l'un de ses matelots, Raymond Griset, sur le pont du « Lusevy » : « C'est le ras-le-bol total ». Deux chiffres résument la situation : « En novembre dernier, on nous avait promis pour janvier un gasoil à 30 centimes. On n'a eu aucune aide. Aujourd'hui le gasoil est à 70 centimes. »
Alors, plutôt que de sortir pour perdre de l'argent, Loïc a décidé de rester au port. Un mois, deux mois peut-être. On verra si les choses s'améliorent. Pour l'instant, des réunions sont prévues. Avec la CCI le 19 mai, avec le comité national des pêches le 21 mai. On verra d'ici là. « Mais on ne coulera pas sans gueuler ! »
Sur le pont de son navire, il a accroché une banderole qui annonce la couleur : « Pêcheurs en colère : Sarko tu vas souffrir ! »
Dans un complet désarroi
Un désarroi que Daniel Lefèvre, le président du comité régional des pêches, a longuement détaillé dans une lettre au ministre de l'Agriculture et de la Pêche : « Malgré les mesures mises en place par le gouvernement, nous craignons fort qu'elles ne suffisent pas à endiguer la hausse continuelle du prix du gasoil. » Le président du comité local ajoute : « Face à cette situation catastrophique, nos pêcheurs sont dans un complet désarroi et ne voient plus de solutions pour assurer la pérennité de leurs entreprises, surtout pour les jeunes qui ont lourdement investi il y a 5 ans. Au rythme actuel, ils ne pourront faire face avec leur endettement avec toutes les conséquences en cascade pour l'ensemble de la filière. »
Et comme si le prix vertigineux du gasoil ne suffisait pas, les cours du poisson sont au plus bas, il y a des restrictions sur certains quotas, comme sur le cabillaud. Loïc Prud'homme confirme : « Lors de notre dernière sortie, on a pêché nos 150 kg et on a jeté le reste à la mer. C'est lamentable ! »
« C'est un cri d'alarme ! » reprend Daniel Lefèvre dans sa lettre au ministre. « Nous ne sommes plus en novembre 2007 avec un gasoil à 0,40 €. La pêche française est en perdition. Nous vous lançons un véritable SOS. Veut-on une pêche française ? »
Et pour faire face autant que possible à cette « situation de naufrage », il demande notamment d'élargir « l'éco-contribution » mise en place en janvier à tous les commerces de détails de poisson, et que cette aide soit directement reversée aux entreprises de pêche. « Compatible ou non avec Bruxelles ! »
Le professionnel s'interroge : « Face à Natura 2000 en mer, aux aires marines protégées, aux projets éoliens, à l'extraction des granulats, aux restrictions communautaires... où est la place du pêcheur dans tout ça ? »
Thierry DUBILLOT.