Voile : Aux Bas-Normands la première virée de large
Benoît Charon (au centre) et ses équipiers peuvent exulter sur la ligne d'arrivée à Dieppe. Cette victoire de manche les propulse sur la 3e marche. : Jean-Marie Liot/TFV08
Tour de France. L'équipage de Benoît Charon a enlevé magistralement le parcoursentre Dunkerque et Dieppe, hier. Il bondit au classement.
Midi pile, hier. Le comité de course annonce une réduction de parcours, 5 milles avant l'arrivée initialement prévue. Une grosse bulle sans vent attendait en effet les bateaux, menaçant de redistribuer anti-sportivement les cartes, et la sagesse commandait la décision. Il est 12 h 16, l'étrave du Mumm 30 Manche - Basse-Normandie pointe à la bouée Daffodils, là même où l'étape est donc jugée devant Dieppe.
Son équipage exulte, les hommes se congratulent à bord : « En arrivant, on cauchemardait un peu parce que le vent est tombé, souligne Benoît Charon. Dieppe, on s'y est tellement souvent pointés bien placés pour se faire avoir dans les derniers mètres qu'on n'y a cru vraiment que lorsque la ligne a été passée. » Au terme d'un match incroyablement intense, commencé 88 milles plus tôt à Dunkerque d'où ils étaient sortit en 2e position, les marins bas-normands viennent de remporter la première manche de large de la grande boucle nautique. Avec 150 m d'avance sur leur dauphin.
Bataille navale
Au dernier pointage officieux effectué, alors que le jour commençait à poindre sur la bouée Ophélie de Boulogne-sur-Mer, la bataille navale faisait rage entre les futurs grands vainqueurs du jour et quelques-uns des principaux ténors de la course, qui se croyaient sans doute à l'abri du retour de cet adversaire relégué en milieu de nuit. « Je m'étais planté en allant un peu à droite, et on a dû croiser de nouveau, relate encore le skipper. La flotte était alors groupée, on s'est retrouvés au milieu du paquet, et le long du chenal de Dunkerque on a réalisé un ou deux bons coups avec le courant dans le nez, pour rallier le groupe des 10-12 premiers. Là, tout le reste de la nuit, ça a été virement de bord sur virement de bord, grand jeu d'options, avec plus de vent et moins de courant... Au petit matin, il n'y avait plus que deux bateaux devant nous (Nouvelle-Calédonie de Ronan Dréano et Ville de Genève - Carrefour Prévention d'Étienne David, NDLR), et on les a attaqués comme des sauvages. »
Petit spi, grand spi, toute la panoplie des voiles d'avant y est passée, les régleurs au top sur les écoutes, les manoeuvres qui s'enchaînent dans une belle harmonie, les barreurs qui se succèdent à trois entre Cédric Château, Fabien Delahaye et Benoît Charon qui assure en prime la partie navigation et tactique avec Nicolas Jossier. De quoi épuiser chacun ? Pas vraiment : « On a quand même réussi à se reposer un peu ce qui fait qu'on était tous frais. » Sans doute l'une des clés de la réussite, additionnée à « une équipe très complémentaire alors quand ça dure un peu longtemps et que c'est difficile, on parvient à remonter des places même en n'étant pas très bien. Il y a des régates, comme ça, où tu ne perds pas le moral même s'il y a des moments où ça marche moins bien, où tout réussit... C'est agréable. » Le travail d'avant saison commence ainsi à payer.
Pour autant, Charon ne s'emballe pas, le Tour n'en étant qu'à ses prémices. Et puis, il y a le prochain ralliement, en fin de semaine, qui doit les conduire à Granville, la maison : « Ouh là-là, ne m'en parlez pas, rigole Charon. On angoisse ! Pour tout dire, à la limite, on aurait préféré gagner la suivante que celle de Dieppe. » Les deux ne sont pas nécessairement incompatibles, même s'il est souvent difficile d'être prophète en son pays...
Olivier CLERC.
Ouest-France